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Arrêtez de facturer au kilo !

Si l’art d’écrire repose sur la concision, la facturation au volume est une véritable hérésie, pratiquée au quotidien. Dans ce système absurde, mieux le rédacteur épure son texte, plus il passe de temps à le rendre efficace, moins il sera payé pour son ouvrage.

Sommaire de l’article :

  1. Facturation au caractère : une aberration
  2. Le même raisonnement s’applique au design et à la production de sites web
  3. Quelles sont les solutions ?

 

Facturation au caractère : une aberration

« Je sais que j’ai achevé mon texte quand je n’ai plus rien à y retrancher »
— Saint-Exupéry  —

Tous les spécialistes en communication, tous les ergonomes et tous les publicitaires sont d’accord sur le principe : plus un message est court, plus il est efficace. Sur le Web, en particulier, où le confort de lecture est diminué et où les lecteurs manifestent une grande impatience, écrire concis apparaît comme une absolue nécessité.

Dans, ce contexte, on ne peut que s’étonner des systèmes qui favorisent la facturation au volume de texte produit. Depuis plusieurs années, je collabore avec différents médias spécialisés. La plupart d’entre eux choisissent de facturer les articles au caractère. Parfois à la ligne. J’ai toujours vécu cela comme une aberration. En effet, dans la pratique, j’écris un premier jet, puis, dans un second temps, je repasse sur le texte en éliminant les lourdeurs, les digressions inutiles ou tout autre élément qui nous éloigne du propos central. Ce faisant, plus je soigne mon texte, plus je travaille, plus je diminue mes revenus.

Le même raisonnement s’applique au design d’un site web

Il en va de même pour d’autres métiers tels que le graphisme ou la production de sites internet. Les premiers sites web que j’ai réalisés pour la Commission européenne, dans les années 90, étaient facturés à la pièce.

Par exemple :
16 hyperliens + 7 images + 2 tableaux + 3000 caractères = prix de la page

Outre son caractère absurde, exclusivement quantitatif et non qualitatif, ce mode de facturation générait des frais administratifs démesurés, par le comptage d’apothicaire qu’il exigeait. Nul besoin de préciser qu’un prestataire peu scrupuleux exploitera aisément les failles d’un tel système, veillant à produire un maximum de pièces, sans trop se soucier de la qualité globale du produit.

Autre exemple : les logos ou les slogans d’entreprises (« taglines »), matériel identitaire par excellence, comptent parmi les éléments les plus puissants de la communication corporate ou institutionnelle. Ils sont pourtant, par définition, très épurés. Produire un logo n’est pas une mince affaire. Seuls les gens de métier sont capables de créer un logo professionnel.

Lequel de ces deux logos est-il le plus efficace ?

Comparaison de l'épuration d'un logo

Le plus simple est-il le plus facile à produire ? C’est loin d’être sûr. La simplicité est un art qui se travaille. Aurait-on idée de facturer un logo sur base du nombre de couleurs qu’il utilise ?

Sommes-nous des bouchers ou des artisans ? La pierre brute, certes, contient plus de matière, mais n’est-ce pas la statue qui offre sa valeur ajoutée ?

Quelles sont les solutions ?

Quelles sont les alternatives à la facturation au kilo ?

Une première tentation pourrait être de facturer au résultat. Mais quel résultat vise-t-on au juste en écrivant un texte ? La mesure de l’impact, le mythique retour sur investissement, n’est pas facile à établir. Exception faite de cas de figure très spécifiques et très commerciaux (comme la rédaction de liens hypertextes promotionnels dont on peut imaginer calculer le taux de clic de manière comparative), il n’est pas réaliste d’envisager une facturation au résultat.

Une piste qui nous paraît plus intéressante est de baser la facturation sur la méthode de travail. Plutôt que de facturer exclusivement à la pièce, on évaluera les différentes étapes du travail.

Par exemple :

  • Phase de définition des audiences et objectifs = 1 jour
  • Collecte et assimilation des contenus = 2 jours
  • Ecriture des textes (entre 10 et 15 pages) = 5 jours
  • Relecture et corrections = 1 jour
  • Production de visuels = 3 jours
  • Optimisation du référencement et production des métadonnées = 1 jour

Notez qu’il n’est pas question de gommer entièrement l’aspect quantitatif. Bien entendu, la quantité de texte produit, pour une qualité donnée, reste déterminante. Mais nous associons à cette notion de volume, d’autres notions, liées à l’organisation du travail ou du processus qualité.

Nous sommes convaincus que ce n’est pas en versant dans des calculs d’apothicaire qu’on obtient forcément les résultats les plus justes. La facturation à la pièce nous amène aux absurdités évoquées plus haut. Un facteur qui reste essentiel dans tout contrat, c’est la confiance que le prestataire et le client s’accordent mutuellement. Mieux vaut s’accorder sur une philosophie de travail et sur un résultat global. Mieux vaut travailler avec des ordres de grandeur (« entre 10 et 15 pages » qui feront « entre 3000 et 5000 signes ») associés à une philosophie de travail plutôt que d’imposer une vision analytique au risque de briser le sens du projet.

Pour en savoir plus …

Durant nos formations à l’écriture web et à l’intranet, nous présentons et discutons les meilleures méthodes d’organisation de la production des contenus.

 

Auteur : Jean–Marc Hardy