Se lancer dans une refonte de site web sans inventaire éditorial, c’est comme déménager des centaines de caisses sans étiquettes, un jour de brouillard… et les déposer à l’entrée du nouveau bâtiment. Une négligence qui, à terme, va vous coûter beaucoup d’énergie et d’argent.
Architecte de l’information
Expert UX et tests utilisateurs
Architecte de l’information
Auteure de « Refondre un site web » (EYROLLES)
L’inventaire de contenu qualifié recense, de manière intelligente, l’ensemble des contenus de votre site web.
Généralement, l’inventaire de contenu prendra la forme d’un tableur de type EXCEL, listant toutes les URL et les URI de votre site web. Les colonnes du tableur serviront à qualifier chaque élément.
Un inventaire de contenu digne de ce nom implique :
L’inventaire de contenu est un document central, qui liste absolument tous les contenus de votre site (les pages web, les documents et les médias).
Les contenus sont identifiés sans équivoque, URL par URL, de manière suffisamment rigoureuse pour pouvoir automatiser certaines actions lors de la refonte.
Chaque contenu est analysé et qualifié sous l’angle de nombreux critères : localisation dans l’architecture, métadonnées, audiences, thématiques, type de contenu, responsable éditorial, statut dans le processus éditorial, qualité éditoriale, popularité, trafic et performance SEO, etc.
Ces critères serviront à prendre des décisions intelligentes lors de la conception de la nouvelle architecture et l’élaboration de la stratégie éditoriale. Ils permettront d’automatiser certaines actions : migration de contenu, maillage dynamique, filtres, etc.
En clair, l’inventaire de contenu qualifié permet de ne pas perdre vos contenus (pas de contenu « tombé du camion »), mais aussi de prendre des décisions éclairées et d’en automatiser la mise en œuvre. Cela fait énormément d’avantages !
A l’instar d’un déménagement, une refonte de site web est l’occasion de :

Avant d’imaginer une construction,
il vaut mieux savoir de quelles briques on dispose, non ?
Si vous vous lancez dans une refonte de site web sans avoir pris le soin de réaliser un inventaire de contenu détaillé, vous vous exposez aux difficultés suivantes :
Si vous voulez anéantir votre SEO, emporter votre désordre, perdre des objets précieux, vous disputer avec les développeurs, payer très cher votre déménagement (en argent, en temps, en erreurs et en énergie) et prendre des décisions de manière aléatoire, passez-vous donc de l’inventaire de contenu 🙂
Soyons clairs ! En dépit de tous les arguments que nous venons de passer en revue et qui plaident de manière tonitruante en faveur de l’inventaire pré-refonte, en pratique, sur le terrain, nous constatons que de nombreuses entreprises et institutions se dispensent de réaliser un inventaire de contenu digne de ce nom… soit de manière inconsciente, soit en se donnant les excuses suivantes :
« On n’a plus le temps ! »
En effet, un inventaire exhaustif et qualifié prend un certain temps. Imaginez que vous gérez un site web de 5.000 pages. Prévoyez de passer ne serait-ce que 5 minutes à qualifier chaque page et cela impliquera 25.000 minutes de travail, soit 416 heures dans le planning… ce qui correspond à près de 60 jours ouvrables ! Donc, oui, il est nécessaire d’anticiper et de planifier votre inventaire, comme une étape de travail à part entière… probablement d’ailleurs une des étapes les plus consistantes de votre projet de refonte.
Vous vous doutez bien que l’argument du manque de temps n’est qu’une manière de repousser le problème. Le temps que vous n’investirez pas ici, vous le perdrez de manière décuplée à gérer tous les problèmes engendrés par une gestion nébuleuse de votre contenu. Oui, nous assumons le terme : à défaut d’inventaire, vous vous retrouvez nécessairement dans le brouillard ! Comment peut-on prétendre gérer ou maîtriser un objet dont on ne connaît même pas la teneur ?!?
« Cela coûte trop cher ! »
Reprenons notre simulation ci-dessus : en termes budgétaires, 60 jours de travail au tarif d’un architecte de contenu (tablons sur 500 euros par jour pour rester très raisonnables dans notre projection), cela fait 30.000 euros. La somme peut paraître consistante, mais à l’échelle d’un site de 5.000 pages, au regard de ce que les entreprises consentent souvent à investir en design graphique et en développement, cela nous semble parfaitement réaliste et proportionné. Et puis, n’oublions pas que ces 5.000 pages ont également généré un coût de production, de maintenance et de mise en ligne. A un prix moyen de 100 euros la page, le patrimoine éditorial englobant 5.000 pages s’élève à 500.000 euros. L’investissement dans un inventaire n’en vaut-il pas la chandelle ?
Il nous arrive fréquemment d’observer des ventilations de budget de refonte complètement invraisemblables. Par exemple la refonte d’un site institutionnel pour un budget de 180.000 euros, consommé à 90% par les postes « UX design » et « développement du nouveau CMS ». L’architecture éditoriale faisant l’objet d’un atelier de 2 demi-jours. Ce genre de répartition financière traduit, à nos yeux, une totale naïveté face aux enjeux éditoriaux… et même face au UX design, car dans un site éditorial, les interfaces sont rarement très « challengeantes » : une grande partie de la valeur ajoutée va venir de la qualité de l’architecture de contenu et du maillage éditorial !
Last but not least, l’investissement que vous allez consacrer dans l’inventaire va vous faire épargner beaucoup d’argent lors de la phase de développement du CMS et lors de la phase de migration. C’est normal, puisque grâce à l’inventaire détaillé, vous pourrez établir un plan de migration précis, rigoureux et 100% automatisable. Le parallèle avec les métiers de la construction tient la route : passez-vous d’un architecte pour un projet d’envergure et vous serez vite dans le bourbier, à la merci des entrepreneurs !
« Nous sommes connus, nous n’avons pas besoin de SEO ! »
Cet argument nous a souvent été avancé : sous prétexte que notre institution ou notre marque est connue, nous n’aurions pas besoin de nous préoccuper des conséquences de la refonte. « De toute façon, les utilisateurs nous connaissent et prendront la peine de chercher l’information ! ». Autant dire qu’une telle position trahit tout autant une méconnaissance des enjeux subtils du référencement qu’une profonde négligence à l’égard des utilisateurs.
S’il est vrai que la page d’accueil d’une marque ou d’une administration connue pourra être facilement retrouvée par ses utilisateurs, il n’en va pas de même pour les pages de détail, les pages « produits » ou les pages « services », qui ont besoin d’un référencement spécifique. Certes, les citoyens retrouveront facilement la page d’entrée du Ministère des Finances, mais à quelle frustration feront-ils face lorsqu’en cherchant « Remplir sa déclaration en ligne », ils ne tomberont plus sur le service concerné ? Et quid de toutes ces pages en favoris qui mèneront à de grossières 404 ou à la page d’accueil dans le meilleur des cas ? Une administration qui jette son référencement à la poubelle perturbe profondément les habitudes de recherche de ses usagers. Elle les oblige à réapprivoiser l’architecture du site alors que le SEO offrait des raccourcis aux utilisateurs.
Dans le paysage digital actuel, la visibilité vaut de l’or. Les montants que les sociétés privées sont prêtes à dépenser en publicité en attestent. Une institution qui snobe son référencement dilapide, en réalité, l’argent public, en anéantissant une présence en ligne, qui est le fruit de plusieurs années de production de contenu. Sous prétexte d’échapper au fastidieux inventaire de contenu, qui sera la base du plan de migration SEO, cette attitude est dommageable.
« On ne sait pas à qui le confier ! »
L’inventaire de contenu exige du temps et des compétences, c’est vrai. Pour les sites web de grande taille, on parle souvent en plusieurs dizaines de jours de recensement et d’analyse. L’inventaire doit être mené par des personnes dotées d’une grande rigueur et possédant une double aisance technique et éditoriale. Il faut être capable de jongler tout autant avec les métadonnées, les statistiques de trafic, les tags et la sémantique, la qualité éditoriale, les processus, etc.
Mais ces exigences ne sont pas une excuse pour zapper une étape indispensable de la gestion de contenu. Qui désigner pour effectuer cette tâche ? Nous abordons les solutions au chapitre suivant.
Non, vraiment, vous n’avez pas d’excuse pour vous dispenser de réaliser l’inventaire de vos contenus. Dans les cas suivants, on peut même parler de circonstances aggravantes :
Même si les excuses que nous nous donnons pour justifier le fait de nous épargner l’inventaire de contenu ne résistent pas à l’analyse, on peut bien sûr en comprendre les raisons, car un inventaire de contenu qualifié :
– prend du temps ;
– exige des compétences ;
– n’est pas la tâche la plus enthousiasmante qui soit… à moins que vous soyez du genre à aimer le rangement des vieilles caisses et les puzzles à 1.000 pièces 🙂
Afin d’éviter aux uns et aux autres de faire les autruches ou de se renvoyer la patate chaude, nous recommandons à tous les responsables d’un site web qui envisagent une refonte de prévoir les actions suivantes :
À quel moment faut-il réaliser l’inventaire ?
L’inventaire de contenu doit être réalisé AVANT la création de l’architecture du nouveau site, étant donné qu’il viendra nourrir la réflexion par des données objectives. Il doit précéder la stratégie éditoriale, pour les mêmes raisons. Il servira de point d’appui pour la migration des contenus.
En revanche, certaines étapes du projet de refonte peuvent être réalisées avant l’inventaire ou en parallèle. Par exemple : la création du « mood board » graphique pour le prochain site, l’audit ou les tests utilisateurs du site actuel.
Faut-il désigner un seul responsable ?
L’inventaire de contenu est un document unique et centralisé, qui exige rigueur et exhaustivité. Pour cette raison, nous recommandons d’en confier la tâche à une seule personne. Disperser la responsabilité d’alimenter l’inventaire présente un risque élevé, à nos yeux : risque d’incohérence, risque d’erreur et risque de désengagement.
En revanche, il est tout à fait envisageable de confier certaines phases à des personnes spécifiques. Par exemple, vous pourrez responsabiliser les équipes informatiques sur l’export des URLs de l’ensemble du site ; vous demanderez à un profil éditorial d’évaluer la qualité ou la fraîcheur des contenus ; vous désignerez quelqu’un du marketing pour exporter les données de trafic. Mais, en définitive, il reviendra à l’unique responsable de l’inventaire d’assurer l’intégration rigoureuse de toutes ces données dans un et un seul document.
Faut-il confier l’inventaire à une société externe ?
Théoriquement, si vous vous organisez bien, vous pouvez gérer en interne la réalisation de l’inventaire de contenu. En pratique, nous observons que c’est très rarement le cas. De par le volume de travail et la technicité qu’il représente, l’inventaire de contenu qualifié ne trouve pas toujours des candidats à l’intérieur de l’entreprise. Mais, bien sûr, vous pouvez penser que nous prêchons pour notre chapelle 🙂
Que vous fassiez faire le travail en interne ou en externe, il vous faudra un profil répondant aux capacités suivantes :
Nous voilà arrivés au bout de cet article. Nous espérons vous avoir transmis des points de repère utiles concernant cette phase de travail aussi indispensable que négligée : l’inventaire qualifié des contenus.

Conduire une refonte de site web sans inventaire de contenu, c’est avancer dans votre forêt de contenu, une nuit sans lune et sans lampe de poche 🙂
FAQ – Refonte de site web
• Qu’est-ce que l’architecture d’information ?
• Quand une refonte est-elle vraiment nécessaire ?
• Quelles sont les étapes d’une refonte de site web ?
• Qui se charge idéalement de la refonte du site web ?
VIDÉOS
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